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Thurins - Turin
Quelques impressions aprs Thurins Turin

THURINS – TURIN : un menu copieux

 

Entrées à volonté

Réveil inattendu ce jeudi 6 septembre un peu avant trois heures. Profitons-en pour arrêter l’alarme et partir discrètement. Démarrage à trois heures et demie. N’espérant pas trouver de commerce ouvert si tôt à Thurins, je fonce directement sur  Condrieu par la rive droite du Rhône dans la froidure matinale. Premier pointage à Sarras. Après cet apéritif bien frais, toujours poussé par le vent du nord , on entre dans la Drôme. C’est là que les choses sérieuses commencent. Voyons d’abord en passant le pays de l’Herbasse. Puis après ce petit pâté de campagne, voici déjà une belle tranche de jambon de montagne avec le col des Limouches. Agréable descente jusqu’à la Drôme qu’on remonte un peu, entre campings et bases de kayak déserts et les multiples maisons de la clairette, avant d’attaquer le col de Pennes, seconde tranche de spécialité montagnarde, déjà plus épaisse, par une route agréable et bien calme. Passage rapide à Luc-en-Diois, suivi de l’extraordinaire éboulement du Claps. Troisième entrée : de grosses tranches de saucisson poivré. D’abord Valdrôme, où il n’y a  malheureusement pas âme qui vive. Le seul commerce est fermé pour congés annuels la première semaine de septembre. Puis on enchaîne avec le col de Carabes, facile au début et absolument désert tout du long, sur une route monoplace. Au sommet on bascule dans les Hautes Alpes avec une température des plus agréables. Encore un petit faux plat avant de plonger sur Gap, tranquille comme un œuf sur le plat au milieu de ses montagnes. Arrêt à l’hôtel pour la nuit. 319 kilomètres.

 

Osso-buco

Le lendemain, debout bien avant la sonnerie du réveil, je pars à nouveau de bonne heure par une température très peu au-dessus de zéro. Dans la nuit on devine et enjambe les superbes eaux bleues du lac de Serre-Ponçon. Puis du Côté de Guillestre, les difficultés commencent. Dès l’entrée de la ville, on est prévenu, rien que des bonnes nouvelles : tous les cols sont ouverts. Y a plus qu’à les escalader. Jusqu’à Molines-en-Queyras, ce sont les antipasti, de plus en plus relevés. Cela monte et monte encore. Mais après, le voilà, le plat de résistance. Quinze kilomètres avec mille mètres de dénivelée. Essayons de ne pas s’y casser les dents. Les deux premiers tiers se passent bien, malgré de très vaches petits ou gros coups de cul. Mais à proximité du refuge, alors que je suis en compagnie de deux autres cyclos, je prends un de ces coups de bambou ! Si ce n’est pas une fringale, alors peut-être le mal des montagnes…Je ne tiens plus sur le vélo, et parcours quelques centaines de mètres à pied pour m’en remettre. Enfin à midi pile, au sommet, je plonge dans le trou…italien. Un petit vermouth pour faire glisser tout ça. Au début de la descente, je croise quelques-uns de mes semblables fatigués mais heureux d’en terminer. En dehors de cela rien à signaler, si ce n’est des églises à la façade richement bigarrée, à Chianale et Frassino, par exemple. Après Saluzzo, on entre dans la plaine, la vraie, triste et indigeste comme un gros plat de polenta bien trop chaud. Tout cela sur le grand plateau. Juste une distraction avant Turin : sur les quinze derniers kilomètres, plusieurs filles solitaires et très court vêtues abandonnées à pied au bord de la route. Cest la fesse « cachée » de l’agglomération. Sans doute un ramassage est prévu. Comment dit-on maquereau en italien ? Arrivé en ville je profite du pointage final pour déguster une glace à l’italienne bien méritée. Et je ne suis pas le seul. Plus une seule place assise dans le quartier, tous les bancs publics sont pris d’assaut par des gourmands.

 

PS Fromages et dessert

Il reste le retour. A tout hasard je demande à deux carabinieri la direction de Susa… Houlà là ! J’aurais mieux fait de demander la direction de la lune. Après une longue réflexion, « C’est par là, tout droit » finit par me dire l’un d’eux, joignant le geste à la parole. Confiant, je fonce et me retrouve à l’entrée de la rocade de Pinerolo, donc pas du tout dans la bonne direction. Pour en sortir, je m’égare sur une voie privée puis sur une entrée d’autoroute. Après cette salade un peu trop vinaigrée, fromages : la route de Susa est comme une tranche de mozzarella, gentille mais un peu fade. Dîner à Susa ; pasta, bien sûr. Et je pense subitement que le reste du parcours, prévu pour demain matin, sera moins dur en ce début de nuit, tant que les muscles sont chauds. De plus la nuit est belle et douce et je devrai très vite quitter le maillot à manches longues dans la montée. Mais pas de mystère, il faut dormir avant le col ou après. A deux mille mètres d’altitude, j’aurais trop peur de me réveiller congelé. Fini de rire. Le col du « Monteceniso » a un goût prononcé de vieux parmesan granuleux. Heureux d’arriver enfin en France. A la frontière, la route paraît subitement plus lisse et moins pentue. Même s’il faut reconnaître objectivement qu’elle est plus âgée et trouée que la strada précédente. Un peu plus loin, une dizaine de lacets constitue la principale difficulté, qui permet de déboucher au dessus du barrage. On devine à peine le lac gris clair derrière le mur gris foncé. Encore quelques côtes et c’est le sommet. En dessert : une descente fort prudente sur Lanslebourg. Mais bon sang que cette glace est froide ! Heureusement suivie d’une belle tarte Tatin pour le réveillon : j’en termine à la gare de Modane vers une heure et demie du matin. 343 kilomètres. Je prendrai le premier train au lieu du dernier de la journée comme je l’avais prévu initialement.

 

 

                                                                                        François Gerfaud-Valentin

                                                                                    ASPTT LYON  septembre 2007

Lien vers cet article - Mise en ligne le 23 Juin 2012 par Sbastien ABBAT